L’essentiel

Pourquoi en parler maintenant

Le texte de référence, le règlement européen n° 561/2006, a 20 ans. Il a pourtant bougé plusieurs fois, et la dernière échéance est toute fraîche : depuis le 1er juillet 2026, il couvre aussi le transport international de marchandises et le cabotage effectués avec des véhicules de plus de 2,5 tonnes (article 2, point aa, ajouté par le « paquet mobilité » de 2020). Une partie des utilitaires lourds qui passent la frontière entre donc dans le champ des temps de conduite et de repos.

Pour une tournée régionale en poids lourd, comme celles que nous organisons en Île-de-France, rien ne change sur le fond. Mais c’est l’occasion de remettre les règles à plat, telles qu’elles figurent dans la version consolidée du règlement publiée sur EUR-Lex, et pas telles qu’on se les répète de mémoire au dépôt.

Les plafonds de conduite

L’article 6 du règlement fixe trois plafonds qui se cumulent. Il faut respecter les trois en même temps.

Période Plafond de conduite Précision
Journée 9 heures Jusqu’à 10 heures, deux fois par semaine maximum
Semaine (lundi 0 h – dimanche 24 h) 56 heures Sans dépasser la durée maximale de travail de la directive 2002/15/CE
Deux semaines consécutives 90 heures Calcul glissant d’une quinzaine à l’autre

Le troisième plafond est celui qu’on oublie. Deux semaines à 56 heures font 112 heures : impossible. Un chauffeur qui a beaucoup roulé une semaine doit lever le pied la suivante.

Pauses : 45 minutes après 4 h 30 de volant

L’article 7 impose une pause ininterrompue d’au moins 45 minutes après quatre heures et demie de conduite. Elle peut être remplacée par une pause d’au moins 15 minutes suivie d’une autre d’au moins 30 minutes, réparties sur la période de conduite. L’ordre compte : 30 puis 15 ne fonctionne pas.

Sur une tournée de livraison, la question revient souvent : un arrêt chez un client compte-t-il comme pause ? Non. Le chargement, le déchargement ou l’attente au quai sont du travail, que le conducteur enregistre comme « autre tâche » (article 6, paragraphe 5). Ces temps ne consomment pas le plafond de 9 heures de conduite, mais ils ne remplacent pas la pause non plus.

Repos quotidien : 11 heures, ou 9 heures sous conditions

Dans chaque période de 24 heures qui suit la fin du repos précédent, le chauffeur doit avoir pris un nouveau repos journalier (article 8). Le règlement en connaît trois formes :

Concrètement, un chauffeur qui termine sa journée à 19 h et repart à 6 h le lendemain a pris 11 heures : repos normal. S’il repart à 4 h, il n’a eu que 9 heures, et il entame l’un de ses trois repos réduits de la semaine.

Repos hebdomadaire : 45 heures, hors de la cabine

Le repos hebdomadaire normal dure au moins 45 heures. Il peut être réduit, jusqu’à 24 heures minimum, à une condition : sur deux semaines consécutives, le chauffeur prend soit deux repos normaux, soit un normal et un réduit. Le repos hebdomadaire doit commencer au plus tard à la fin de six périodes de 24 heures après le précédent.

Toute réduction se rattrape. Les heures manquantes sont prises en bloc avant la fin de la troisième semaine qui suit, et accolées à un autre repos d’au moins 9 heures (article 8, paragraphes 6 ter et 7).

Deux règles issues du paquet mobilité concernent surtout le transport longue distance, mais elles engagent l’employeur :

Ce que ces règles changent pour une journée de tournée

Prenons une journée purement illustrative, construite à partir des seules règles ci-dessus. Prise de poste à 6 h, chargement au dépôt, premiers kilomètres vers 6 h 30. Si le chauffeur cumule 4 h 30 de conduite effective (les arrêts de livraison ne comptent pas), la pause de 45 minutes doit tomber au plus tard à ce moment-là, quelle que soit l’heure. Il lui reste ensuite au maximum 4 h 30 de conduite pour la journée, ou 5 h 30 s’il utilise l’une de ses deux journées à 10 heures.

Ce qui complique la planification, ce n’est pas un plafond isolé, c’est leur superposition. Le chauffeur du lundi qui a fini tard limite l’heure de départ du mardi. Celui qui a pris deux journées à 10 heures en début de semaine n’en a plus en réserve jeudi. Celui qui a roulé 56 heures doit être allégé la semaine suivante. Quand on affecte des chauffeurs à des tournées semaine après semaine, ces contraintes se vérifient avant le départ, pas après le contrôle.

C’est pourquoi la conformité au règlement 561/2006 fait partie de notre façon de planifier nos tournées régulières et ponctuelles et nos mises à disposition de chauffeurs. Pour en savoir plus sur notre activité, voyez la page À propos.

Le contrôle : le chronotachygraphe

Le respect de ces temps se vérifie à partir du chronotachygraphe, dont le fonctionnement est encadré par le règlement (UE) n° 165/2014. L’appareil enregistre la conduite. Le conducteur doit aussi enregistrer ses autres tâches et ses temps de disponibilité ; quand il faut les saisir à la main, le texte prévoit la fonction de saisie manuelle de l’appareil, une sortie imprimée ou une feuille d’enregistrement (article 6, paragraphe 5, du règlement 561/2006). Une pause, elle, se définit strictement : une période où le conducteur ne conduit pas et n’effectue aucune autre tâche (article 4, point d).

Ce que ce billet ne couvre pas

Les règles françaises de durée du travail des conducteurs (amplitude, heures d’équivalence, repos compensateurs) relèvent du Code des transports et des accords de branche. Elles s’ajoutent au règlement européen et mériteraient un billet à elles seules. Nous n’abordons pas non plus les dérogations nationales prévues par l’article 13 du règlement, ni les règles propres au transport de voyageurs.

Vous avez une tournée à couvrir ou un besoin de chauffeurs à dimensionner en respectant ces contraintes ? Écrivez-nous.